On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Allemagne : Quand Final Fantasy était accusé d’inspirer un meurtre

Par • le 5/8/2015 • Entre nous

Parmi les jeux qui suscitent la polémique, il y a ceux pour lesquels on n’est pas surpris… et puis il y a les autres. Par exemple, aux Etats-Unis, les jeux marquants et « marqueurs » du débat sur la violence vidéoludique ont été Mortal Kombat, Doom et Grand Theft Auto : San Andreas (ou plutôt le mod Hot Coffee). On aurait pu penser à d’autres titres, mais le fait que ce soient ceux-là n’a rien de choquant. En revanche, que Super Mario 2 ait été en France l’un des premier cas de mise en cause des jeux vidéo dans un fait divers, voilà qui est pour le moins… inattendu ! De même qu’on peut être surpris d’apprendre qu’Age of Empires a un jour été soupçonné d’influencer un ado parricide.

En Allemagne, c’est Counter-Strike qui a été pendant des années, le symbole du mal absolu, le killerspiel (« jeu de tueurs ») par excellence. Certes, ce n’était pas le pire du lot, et les chefs d’accusation lancés contre ce jeu étaient tous plus délirants et calomnieux les uns que les autres. Mais bon, c’était un FPS populaire, donc quelque part, son statut de bouc émissaire pouvait s’expliquer. Peut-on en dire autant de Final Fantasy VII – Advent Children, qui au passage n’est même pas un jeu vidéo mais un film ? Car c’est de lui que nous allons parler à présent.

Tout commence le 14 janvier 2007, dans un petit village sans histoire de l’Allemagne de l’Est, où deux adolescents de 17 ans massacrent un couple marié de plusieurs dizaines de coups de couteau, puis tentent de s’enfuir en prenant en otage une de leurs camarades de classe. Le pays tout entier est en état de choc, et se demande comment le « bain de sang de Tessin » a pu se produire… jusqu’à ce que le tabloïd Bild mentionne Final Fantasy VII et que la station de radio Ostseewelle (littéralement, « l’onde de la mer de l’Est ») révèle que les deux meurtriers avaient regardé Final Fantasy VII – Advent Children avant de commettre leur forfait. Détail confirmé à la télévision par la jeune fille prise en otage. Dès lors, la presse, qu’elle soit « sérieuse » ou « populaire », en a fait ses choux gras. Morceaux choisis :


Carnage meurtrier à coups de couteau 
Voici les victimes des élèves tueurs !
(Bild, 15 janvier 2007)

Cela devait être une soirée tranquille, dans une maison fraîchement rénovée. Le maître menuisier Peter E. (mort à 46 ans) regardait la télé avec sa famille. Vers 22 heures, sa femme Antje (morte à 41 ans) montait déjà se coucher dans la chambre. C’est ensuite que les tueurs ont sonné à la porte…

Le double meurtre à coups de couteau de Tessin (200 habitants) dans le Länd du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (déjà couvert par le Bild) n’était pas un cambriolage improvisé – les auteurs Torben B. et Felix D. (17 ans tous les deux) avaient prémédité le carnage !

Bild l’a appris auprès des enquêteurs : les deux lycéens, connus comme étant gentils et souriants, avaient reproduit dans la réalité le jeu vidéo Final Fantasy VII. Dans ce jeu, le « bien » et le « mal » s’affrontent sur une planète fictive.

Les idoles des deux garçons : « Sephiroth », qui tue des villageois innocents avec sa longue épée. Et « Reno », qui doit tuer le leader du camp du bien. Les disques durs des ordinateurs des auteurs du crime ont été confisqués par la police. Le soir même du crime, les tueurs se seraient appelés mutuellement avec des noms tirés du jeu. Est-ce qu’ils voulaient ressembler à leurs idoles, tuer sans pitié comme ils l’avaient répété des centaines de fois devant leur PC ?

Ils ont pénétré dans la maison de leurs victimes en attirant avec eux leur copine Eyleen (15 ans), qu’ils avaient préalablement saoulée devant l’arrêt de bus. « Viens avec nous, nous voulons jouer à quelque chose ». Arrivés là-bas, ils ont ligoté et bâillonné la fille, avant de l’enfermer dans un hangar à proximité. Là où les sacs à dos étaient déjà prêts. Les garçons voulaient s’enfuir après le crime. Pendant l’interrogatoire, ils ont avoué leur bain de sang.

Comment ces joueurs de jeux vidéo gentillets ont-ils pu se transformer en tueurs de sang froid ?

Selon le pédopsychologue Michael Thiel : « En jouant à de tels jeux, les êtres sensibles, englués dans un monde illusoire, perdent le contrôle – et cherchent de nouvelles sensations fortes ».

Florian (16 ans), le fils du couple assassiné, connaissait bien les auteurs du crime. Ils jouaient avec lui au football, et prenait le même bus scolaire. L’orphelin est en suivi psychologique. Des membres du clergé s’occupent également des camarades des auteurs du crime au lycée de Boizenburg.

Tous les lundis, les tueurs animaient un atelier de « programmation de jeux vidéo ».


Dernier résultat de l’enquête
(RTL.de, 16 janvier 2007 – source)

Les deux lycéens auraient joué à ce qu’on appelle un killerspiel du nom de Final Fantasy. Le soir du crime, ils ne se désignaient plus que par leurs noms d’avatars. Tous les deux incarnaient dans leur jeu les « méchants » qui devaient massacrer les « bons ».


Double meurtre de Tessin – Les killerspiele ont-ils déclenché le bain de sang ?
(Die Rheinische Post, 16 janvier 2007)

D’après les estimations d’un criminologue, les jeux vidéo violents pourraient avoir été le déclencheur du bain de sang à Tessin, situé au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ce qui suggère que l’un des deux lycéens aurait probablement plongé trop profondément dans le monde fantastique d’un jeu vidéo excessif.

[…]Comme le dit Christian Pfeiffer, directeur de l’Institut de Criminologie de Basse-Saxe (KFN), les témoignages de camarades de classe indiquent qu’au moins l’un des deux garçons vivait dans un monde de fantasy brutal. Comme l’a rapporté le journal Bild, les auteurs ont joué à plusieurs reprises au jeu vidéo Final Fantasy VII juste avant le crime. Il semblerait qu’ils voulaient reproduire son contenu, et le soir du crime, ils se sont même désignés mutuellement avec leurs noms de jeu.


Le mobile du bain de sang de Tessin n’est toujours pas clair
(Hamburger Morgenpost, 16 janvier 2007)

Trois jours après le bain de sang de Tessin, qui a fait deux morts, la police judiciaire n’a toujours pas trouvé le mobile des deux auteurs, âgés de 17 ans. On enquête, entre autres, dans la direction des jeux vidéo violents, auxquels les deux élèves auraient joué […]

Selon un reportage du journal Bild (édition du mardi), les deux adolescents de 17 ans se seraient inspirés du jeu vidéo Final Fantasy VII pour leur bain de sang. [Le Procureur Général] Pick n’a pas voulu faire de commentaire sur ce point.


Une dispute comme déclencheur potentiel pour le bain de sang de Tessin
(Die Stimme, 16 janvier 2007)

[Selon Christian Pfeiffer] Il n’est pas à exclure que la pratique intensive de jeux vidéo violents ait favorisé le bain de sang. Un lien direct entre de tels jeux et le crime est cependant difficile à établir. En tout cas, ces jeux qu’on appelle killerspiele pourraient représenter, aux yeux d’adolescents, à risque la dernière impulsion qui les inciterait à transposer la violence virtuelle dans la réalité.


Des témoignages rocambolesques compliquent l’enquête
(Stern, 16 janvier 2007)

Après le double meurtre de Tessin, le Ministère Public recherche activement le mobile des deux auteurs présumés. Cependant, cela s’avère très difficile. Une raison parmi d’autres pourrait être les témoignages bizarres des deux garçons.

[…] Les informations diffusées par certains médias, selon lesquels les deux suspects auraient demandé une voiture au couple marié assassiné, afin de s’enfuir en Asie, n’ont pas été confirmées par le Procureur Général Christian Pick. De même, une éventuelle influence des jeux vidéo violents n’est pas prouvée pour l’instant.

Le journal Bild a annoncé, en se basant sur les témoignages des enquêteurs, que les adolescents auraient recréé dans la réalité le jeu vidéo Final Fantasy II. Dans ce jeu, le bien et le mal s’affrontent sur une planète fictive à coups d’épées longues de plusieurs mètres, et de pistolets à triple canon.


Les jeux vidéo, finalement considérés comme source d’inspiration ?
(Stern, 17 janvier 2007)

[…]Le Ministère Public, qui d’après les informations du Stern a trouvé des jeux vidéo sur les ordinateurs des deux adolescents de 17 ans qui ont tué un couple marié à Tessin, près de Boizenburg, n’a pas commenté l’enquête, et préfère se murer dans le silence. […]


Le massacre virtuel rendu possible dans la réalité
(Die Welt, 17 janvier 2007)

Selon des indices convergents, les deux meurtriers présumés de 17 ans ont voulu vivre une aventure de fantasy à travers leur bain de sang. Ils avaient souvent pratiqué l’assassinat à l’épée devant l’ordinateur, ainsi que les gestes de soumission qu’ils ont demandé à leurs victimes.

Après le bain de sang de Tessin, les indices convergent, selon lesquels, les deux écoliers de 17 ans ont lancé un assaut brutal sur un couple marié en étant guidés par un jeu vidéo. Comme l’a rapporté la chaîne de radio Ostseewelle, en se basant sur les déclarations des enquêteurs, les deux assaillants ont demandé au père de famille de 46 ans de se soumettre, avant de le poignarder à mort une fois agenouillé. De telles scènes seraient présentes dans la vidéo violente Final Fantasy, dont une déclinaison jeu vidéo existerait sur le marché. Plus tard dans la soirée, la fille de 15 ans, qui a été prise en otage par les auteurs du crime pendant leur tentative de fuite juste après leur assaut brutal, a voulu s’exprimer dans le magazine télé Stern TV à propos des évènements de samedi.

Le Deutscher Kinderschutzbund [Ndt : association allemande de protection de l’enfance] a critiqué cette apparition télévisée quand elle a été annoncée. « J’estime qu’il est beaucoup trop tôt pour ça », a dit le vice président du Deutscher Kinderschutzbund, Hubertus Lauer, à Hanovre. Bien qu’il comprenne l’attention des médias, il faudrait donner du temps à la fille pour digérer les évènements. Selon Lauer, dans un tel contexte, une telle apparition à la télé risque de nuire plus que de servir. […]

Sur le chemin vers la maison de leurs victimes, les deux auteurs du crime se seraient désignés mutuellement avec des noms issus de Final Fantasy. […]


Bain de sang : Les victimes de Tessin, tuées par 66 coups de couteau
Les adolescents de 17 ans auraient reproduit un jeu vidéo – l’otage veut donner une interview.
(Nordwest Zeitung, 18 janvier 2007)


Bain de sang de Tessin – Les auteurs ont regardé une vidéo violente juste avant le massacre
(Süddeutsche Zeitung)

Pendant deux heures, elle a été l’otage de deux lycéens qui ont massacré un couple marié. Eyleen, âgée de 15 ans, s’est exprimée hier au sujet de cet incident brutal.

Juste avant le bain de sang de Tessin, qui a fait 2 morts, les deux adolescents de 17 ans ont regardé la vidéo violente Final Fantasy. C’est ce qu’a dit mercredi soir, dans l’émission Stern TV, Eyleen, âgée de 15 ans, qui après cet acte cruel, a été prise en otage par les deux auteurs pendant une heure.

D’après l’enquête, les indices convergent, selon lesquels les deux garçons de 17 ans ont été guidés dans leur crime par Final Fantasy, qui existe aussi en jeu vidéo. Le film est recommandé à partir de 12 ans.

La chaîne de radio Ostseewelle a rapporté mercredi, en se basant sur les témoignages des enquêteurs, que les deux assaillants auraient demandé au père de famille de 46 ans de se soumettre, avant de le poignarder à mort une fois agenouillé. De telles scènes existeraient dans Final Fantasy. Selon Eyleen, les deux garçons ont joué à ce jeu à plusieurs reprises.


Bain de sang de Tessin : casse-tête sur le mobile
(Hamburger Morgenpost, 18 janvier 2007)

[…]L’impact de la consommation de films violents et de jeux vidéo violents sur le crime n’est pas clair. Felix et Torben ont regardé la vidéo violente Final Fantasy samedi soir, d’après ce que raconte Eyleen, qui était invitée de l’émission de Günther Jauch aux côtés de son père. Et à côté de ça, selon les informations des médias, les deux garçons ont également passé beaucoup de temps devant l’ordinateur. Toutefois, les enquêteurs et chercheurs ne cessent de souligner que le seul fait de regarder des films violents ne suffit pas à expliquer un tel crime. Le film Final Fantasy est réservé aux 12 ans et plus…


Après le bain de sang de Tessin – La piste des jeux vidéo
(« Oberpfalz Netz », 18 janvier 2007)


Bain de sang vidéo – Final Fantasy comme modèle ?
(N-TV, 18 janvier 2007)


Meurtre d’un couple marié – une vidéo violente visionnée avant le bain de sang
(Der Standard, 19 janvier 2007)


Le bain de sang de Tessin – imaginé d’après un jeu vidéo ?
(Die Merkur)



Quelques mois plus tard, les deux adolescents meurtriers ont été jugés. Non seulement Final Fantasy VII (le jeu vidéo aussi bien que le film) a été de nouveau mentionné dans la presse, mais en plus, les avocats des prévenus ont essayé de jouer la carte de l’influence des jeux vidéo afin d’atténuer la peine de leurs clients.


Le meurtre qui a changé Tessin à jamais
(Die Welt, 21 juin 2007)

Felix D et Torben B ont tué un couple marié sans mobile apparent. Hier, le procès a commencé, et tout un village se demande encore comment des élèves normaux ont pu commettre un crime d’une brutalité sans précédent.

Felix D était un original.

Il y a dans cette affaire un fait qui met d’accord tous les habitants du village : deux âmes peuvent habiter dans une même personne. Et la folie peut se cacher au cœur de l’ordinaire. Car autant le mobile des deux adolescents n’est pas clair, autant il apparaît de plus en plus que les deux garçons ont dû perdre de vue le monde réel à force de plonger dans un monde de jeux fantastiques. Leurs camarades les ont décrit comme des marginaux, des originaux qui ne s’intéressaient pas aux filles ni aux voitures ni à l’alcool ni aux soirées, qui à la place se donnaient à l’école des surnoms fantasistes, ou qui pendant les cours s’écrivaient des lettres dans un langage secret. Néanmoins, ils étaient de bons élèves. Cependant, ils n’aidaient les plus faibles que quand ça leur offrait une occasion de frimer. « C’est quelque chose qui emmerdait beaucoup de monde », dit une fille. « ils vivaient dans leur propre univers ».

Avant l’acte, Torben et Felix ont joué à un jeu de rôle vidéo

Ce qui est sûr, c’est que quelques heures avant le crime, Felix et Torben ont dû se gaver [de vidéos]. Ils ont regardé le film Final Fantasy VII, non pas une, mais deux fois. Le jeu de rôle vidéo met en scène un Empire dans lequel les parents sont tués par 4 enfants. Ensuite, ceux-ci se joignent à un groupe de rebelles afin de combattre l’Empire. Selon les affirmations des témoins, le soir du crime, Felix et Torben se seraient appelés mutuellement « Lionhart » et « Frionel », d’après des personnages qui apparaissent également dans le jeu.

Norbert Stern est le proviseur du lycée que Felix et Torben ont fréquenté. Stern les décrit comme deux élèves gentils, fiables et responsables. […]


Le Procès de Tessin : quand deux gentils garçons se sont changés en bêtes féroces
(Der Spiegel, 12 juillet 2007)

Leur acte était d’une cruauté inimaginable : les élèves Felix D et Torben B, âgés de 17 ans, ont massacré un couple marié dans le village Mecklembourgeois de Tessin. Et pour cet acte, ils devront passer plusieurs années en prison. Cependant, même après le verdict, on ne sait toujours pas pourquoi ils ont tué.

Neuf ans et six mois de détention juvénile, telle est la peine retenue pour les deux adolescents de 17 ans qui, en début d’année, ont poignardé un couple marié de leur connaissance avec une brutalité incroyable. D’après le Ministère Public, ils les ont littéralement massacrés « en leur donnant de mutiples coups de couteau au torse et à la tête ».

Aujourd’hui, le Tribunal de Grande Instance de Schwerin a rendu son verdict : la cour a reconnu comme évident le caractère prémédité de la tuerie perpétrée par Felix D. et Torben B. contre le couple marié. Bien que le procès de mineurs ne se soit pas déroulé en public, les détails du crime ont fuité à plusieurs reprises. Une seule question n’a pas pu être résolue de manière satisfaisante : pourquoi ?

Le déroulement du crime a été reconstitué de manière quasi-exacte. Le 13 janvier, vers 22 heures, Felix et Torben sonnent à la porte de la famille E. dans le village Mecklembourgeois de Tessin. Quand le père de famille, âgé de 46 ans, ouvre la porte, ils lui demandent de s’agenouiller. Mais l’homme se défend. Alors les deux garçons le poignardent avec des couteaux de cuisine qu’ils avaient emporté avec eux. Au premier étage, la mariée, âgée de 41 ans, devient leur victime suivante – le médecin légiste dénombrera plus de 60 coups de couteaux. Seul le fils, Florian, âgé de 16 ans, réussit à se barricader dans une chambre et à appeler la police.

Les auteurs montrent les corps ensanglantés des mariés à Eyleen, âgée de 15 ans, qu’ils avaient auparavant prise en otage. Sous ses yeux, ils poignardent de nouveau la femme agonisante. Quand la police arrive, ils s’enfuient avec la fille dans la voiture du couple assassiné. Après un accident et environ une heure de négociations avec la police, les deux garçons se rendent.

Le bain de sang de Tessin choque l’Allemagne entière. Il semble particulièrement cruel, parce qu’il a eu lieu dans un village de 200 âmes, parce que les auteurs connaissaient leurs victimes, et parce qu’ils étaient perçus comme des élèves sans histoires, travailleurs et polis, aussi bien par leurs amis que dans leur lycée de la bourgade voisine de Boizenburg.

Déclencheur potentiel du crime

Pendant l’interrogatoire, Felix et Torben disent qu’ils ont voulu voler une voiture afin d’aller au Japon, et y commencer une nouvelle vie – soi-disant en tant que combattants ninjas. Cependant, les jeux vidéo intègrent rapidement la discussion en tant que déclencheurs potentiels du crime. Il s’avère que les deux garçons ont visionné le film Final Fantsy VII avant de passer à l’acte.

Les effets des jeux vidéo et des films d’horreur deviennent un point central du procès. La défense y voit une explication du passage à l’acte – l’accusation s’y oppose dès le début. L’avocat de Felix demande à la cour de considérer à sa juste valeur l’importance considérable des jeux vidéo et des films d’horreur que Felix, en particulier, aurait consommés. Cette question serait également d’intérêt général, selon l’avocat Johann Schwenn. Le crime n’aurait pas été prémédité, mais aurait dérapé.

En revanche, le Tribunal de Grande Instance n’attribue pas de rôle majeur aux vidéos violentes aux jeux vidéo. Les experts le confirment. Selon leur analyse, les accusés sont parfaitement capables de distinguer l’imaginaire de la réalité, leur intelligence étant même au-dessus de la moyenne. Les psychiatres considèrent que les deux garçons sont pleinement responsables de leurs actes.

De plus, le Tribunal de Grande Instance estime que les adolescents avaient planifié le crime depuis plusieurs semaines, et auraient consciemment sélectionné leurs victimes. Celles-ci devaient opposer peu de résistance et être facilement maîtrisables. Felix aurait choisi les victimes lui-même. Il s’agissait des parents de son ami Florian, un élève en difficulté scolaire avec lequel il avait joué aux jeux vidéo.

Cependant, le tableau devient encore plus sombre pendant le procès. Selon le Tribunal de Grande Instance, les accusés ont également voulu goûter à la sensation de tuer un être humain. On parle également du souhait d’exercer du pouvoir.

Le témoignage du père de Felix D. vient s’ajouter au tableau. Au début du procès, pour la première fois, il s’exprime publiquement dans le magazine Die Zeit, au sujet de son fils et du contexte dans lequel le crime a eu lieu. Tandis qu’en surface, Felix donnait l’image d’un garçon modèle, son sentiment d’infériorité le travaillait constamment. Felix s’évadait de plus en plus dans un monde virtuel. Il découvrait de nouveaux idéaux dans les jeux vidéo et les films violents, et il voulait absolument imiter les combattants sans pitié.

Dans son journal intime et dans d’autres notes prises pendant les deux dernières années, les parents découvrent ses idées noires et ses fantasmes de meurtre. Sa soeur, âgée de 15 ans, rapporte l’un de ses scénarios morbides : toute la classe devait s’aligner et être exécutée par des tirs en pleine tête.

Aujourd’hui, Felix a été condamné pour double meurtre.


Je m’abstiendrai de commenter outre mesure : les titres des articles et les paragraphes sélectionnés parlent d’eux-mêmes, que ce soit pour la confusion entre un film et un jeu vidéo, ou pour le simple fait qu’une production Final Fantasy ait pu être placée d’office sur le banc des accusés. Mais pour bien comprendre l’état d’esprit qui régnait dans l’Allemagne de l’époque à propos des jeux vidéo, il va être nécessaire de se plonger dans la lecture d’un reportage entier dédié à ce double meurtre : celui de Sabine Rückert pour Die Zeit, qui a reçu le prix Henri-Nannen (qui est d’ailleurs mentionné dans le dernier article, celui du Spiegel qui commente le jugement des deux ados meurtriers). Nous y reviendrons une prochaine fois.

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est joueur depuis les années 80, et joueur passionné depuis 1990. Ouais, à peu près comme tout le monde ici, quoi. Sauf qu'en plus, il cause. Beaucoup. Mais alors beaucoup. C'est pas sain pour lui qu'il cause autant. Faudrait plutôt qu'il joue.
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2 commentaires »

  1. Je pense qu’il y a confusion et que si ces deux gamins ont commis ce meurtre c’est parce qu’ils étaient trop fragile psychologiquement ou qu’ils avaient des antécédants squizofrénique ou autres.

  2. C’est bizarre, je ne me souviens plus très bien de cette scène de crime reconstituée de manière « quasi-exacte » dans le film… Faudrait que je le revois une nouvelle fois…

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