On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: RPG • Editeur: Nintendo / APE / HAL Laboratories • Date de sortie: 27 août 1994 (Japon), 5 juin 1995 (USA)

Earthbound

Par • le 9/3/2010 • SNES, Tests & previews • Exemplaire du jeu payé avec nos sous •

J’ai commencé les jeux de rôle sur console avec Final Fantasy, comme beaucoup, sur Super NES. Mais en 1995, c’est un autre jeu qui m’a procuré fous rires, énervement et larmes. Un jeu dont le héros est un jeune garçon appelé Ness (hmmmmm ?), dont l’aventure débute en 19XX (re-hmmmm ?) lorsque Buzz-Buzz, un micro-extra-terrestre venu du futur, atterrit sur Terre. Sa mission : prévenir Ness qu’un cataclysme surviendra dans dix ans si  Giygas, un autre extra-terrestre beaucoup moins sympa, n’est pas anéanti tout de suite maintenant sans délai. Voilà, vous avez le scénario du jeu, puisque celui-ci se terminera avec le combat contre cette bestiole, après moult péripéties pas pathétiques.

Un scénario sur un ticket de métro

Bon, à première vu, c’est pas le scénario de l’année ni même du siècle. Mais pourquoi donc  Earthbound est une telle légende du jeu vidéo ? Disons qu’il est particulièrement… déjanté et classique à la fois. Car plutôt que de vous taper des balades à dos de dragon dans un univers héroic fantasy ou mécanique-fantasy usé à la corde, vous allez visiter des villes au design très américain, rencontrer des personnages aussi bizarres qu’un groupe de rock façon Blues Brothers ou des sectes étranges, vous balader dans des temples indiens, découvrir un ennemi qui vous attaque à coups de rôts et de pets, rencontrer le peuple des M. Saturn, voyager en bus ou à dos de Tessie (oui, c’est un hommage au monstre que vous devinez)… et surtout, monter une équipe pour aller tailler Giygas dans le gras. Vous rencontrerez donc Paula, qui a le pouvoir de prier (très très trèèèèèèès important), Jeff le gamin surdoué mais qui manipule des armes lourdes façon Schwartzy, et Poo (oui, « Poo », comme une crotte), un prince indien amateur d’épées et un peu fan de ninjitsu. Tout ce beau monde va se balader dans un univers très vaste dont les différentes villes sont reliées les unes aux autres sans passer par une carte du monde… Et même si le scénario se rêvéle assez linéaire,  il est surtout bourré d’humour, se permettant même parfois de franchir le fameux quatrième mur, les personnages s’adressant parfois directement à vous (ce qui a aussi son importance, mais chuuuuuuut). Et puis, c’est toujours rigolo d’effectuer des sauvegardes dans une cabine téléphonique.

Quand aux combats, pour une fois, ils ne sont pas aléatoires… alléluia ! En effet, chaque ennemi se balade sur la carte et vous avez alors le choix de les éviter, d’essayer de les prendre à revers (pour frapper en premier) ou de rentrer directement dedans. N’espérez quand même pas des belles animations à la Phantasy Star II ou des invocations façon Final  Fantasy : les ennemis sont statiques devant un décor souvent psychédélique (j’avoue que l’ennemi qui s’affiche devant des montres molles de Dali, ça fait bizarre), et vous ne verrez que des animations basiques (flashs, traits à l’écran…). Les combats ont quand même quelques originalités : ainsi, quand vous perdez du HP, le compteur commence à défiler et vous perdez des points chaque seconde… Vous pouvez ainsi avoir 100 HP, prendre un coup à 120, mais vous ne tomberez pas direct, ce qui laisse le temps à un autre personnage de vous soigner éventuellement avant de mordre la poussière. Futé. Sympa aussi, si vous êtes beaucoup plus puissant qu’un adversaire, celui-ci essaiera de s’enfuir, et le combat sera gagné automatiquement si vous le touchez quand même. Pas de temps perdu ! Enfin, vous ne gagnerez pas de pognon à la fin des combats, mais votre papa vous filera de la thune à retirer au distributeur automatique (ATM) du coin (et oui, Final Fantasy VIII a quelque peu repris ce concept, tssssss).

Attendez, restez, ne vomissez pas tout de suite !

Les environnements sont donc très nombreux, le jeu est super riche (compter facile une trentaine d’heures pour en voir la fin), et ses musiques, qui occupent une bonne partie de la cartouche de 24 Mb (un monstre pour l’époque) sont mémorables et en nombre incroyable. Alors, c’est quoi le problème ? Et bien… Lorsque vous lancerez EarthBound pour la première fois, votre premier réflexe consistera à ne pas gerber votre coca du matin. Car d’un coup, on a l’impression que notre console a oublié le « Super » de son titre… Les graphismes sont effectivement parfois dignes d’une console 8 bits et les animations pas hyper top. Bon c’est fluide, mais on peut pas dire non plus qu’il y a souvent foule à l’écran… Il y a de fortes chances que vous pensiez que ce jeu est un foutage de gueule de la part de Nintendo.

Et pourtant, pourtant, Earthbound, par son humour omniprésent, son scénario aussi barré qu’une chanson de Brigitte Fontaine qui aurait confié ses textes à Philippe Katerine, son émotion souvent bien présente et ses musiques entêtantes a tout du méga-hit absolu. À noter d’ailleurs que la version US était livré avec un incroyable guide officiel, aussi cintré que le jeu lui-même (téléchargeable en PDF par ici). N’hésitez donc pas à vous jeter sur Earthbound si vous aimez les RPG (hélas uniquement en anglais ou japonais) et que vous en avez un peu marre des dragons et méchas archi-vus et revus. C’est pas tous les jours qu’on a la chance de jouer un américain typique vu par les Japonais… Et c’est surtout la preuve qu’une bonne aventure peut compenser une technique faiblarde. L’anti-Heavy Rain par excellence.

Donc, gloire, gloire à HAL Laboratories et à Shigesato Itoi pour avoir pondu cette merveille, et la honte à Nintendo pour ne pas avoir traduit cet épisode dans nos contrées, et encore plus la honte pour ne pas avoir fait l’effort de traduire en anglais sa suite, Mother 3, paraît-il encore plus épatant.

Earthbound n'est certes pas plus beau jeu de la Super Nintendo, certes certes certes, mais reste un RPG original, vraiment drôle et émouvant.

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est joueur depuis 1987. Fan de la Super NES, ancien membre des forces d'élites des Trucs et Astuces de Player One, GG jure surtout par Big N pour le jeu et la Pomme croquée pour le reste.
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6 commentaires »

  1. Et moi j’ai perdu ma sauvegarde après une vingtaine d’heures de jeu. Je suis un peu deg, je m’y remettrai probablement, mais pas tout de suite :(

  2. Ça fait quelque temps que je songe à ressortir ma SNES du placard (faut pas que ça rouille, ces petites choses) et là, j’ai carrément envie. Faut maintenant trouver la cartouche…

  3. Et plus compliqué: trouver un adaptateur pour les cartouches US aussi, parce que le jeu n’a malheureusement jamais été importé chez nous… Mother c’est un peu la saga maudite: le premier sur Famicom n’a jamais quitté le Japon, le deuxième (celui-ci, renommé Earthbound aux US mais originellement appellé Mother 2 tout simplement) n’est pas sorti en Europe, quant au troisième sur GameBoy Advance il est resté réservé au territoire nippon une fois encore.

  4. Moi m’en fous, j’ai une Super NES US kittée qui passe tous les jeux, y compris ceux qui sont censés pas passer :)

  5. Il y a mon nom dans le générique de fin :cool:

  6. Aaaaaah, EarthBound. Quel grand jeu.
    Pour la cartouche (sans boite ni guide), ca se trouve a 70-80 euros sur eBay US. Et l’adaptateur, ca se trouve plus facilement (tous ne marchent pas; je conseille le Fire FX, qui est passe chez moi).

    Et donc quel grand jeu: un univers realiste, des grands moments de rire, d’emotion, une BO variee… Reste les graphismes simplistes, mais personnellement, je pense que c’est plutot un choix de style que de limitation technique.

    Fuzzy pickles!

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