On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: Cowboy • Editeur: Rockstar • Date de sortie: mai 2010

Red Dead Redemption

Par • le 3/2/2011 • 360, PS3, Tests & previews • Exemplaire du jeu payé avec nos sous •

Au moment où j’écris ce test, Red Dead Redemption est reconnu par la presse et de nombreux joueurs comme étant un des meilleurs jeux de l’année 2010. Loin de moi de vouloir vous insulter en vous le « faisant découvrir », j’aimerais profiter de cette tribune pour essayer de décortiquer plutôt les raisons simples de ce succès critique et commercial.

Bad Boys et Tumbleweeds

Au début du XXe siècle, avant la Première Guerre Mondiale, persistaient encore quelques hors-la-loi à l’ancienne, pétris d’honneur et de cruauté, John Marston était de ceux-là.
Antihéros classique, John nous est présenté d’abord comme une victime, de son propre gouvernement qui l’utilise en capturant sa famille, et de ses anciens amis qui n’hésitent pas à le descendre dès leurs retrouvailles. Heureusement John est sauvé par une femme à la personnalité forte, terrienne et au contact quotidien avec le bétail, lui apportant le bon sens et l’hospitalité des paysans/colons américains.
Malgré un schéma très classique, Rockstar tire son épingle du jeu avec un traitement très fin et inspiré de ce scénario, en exploitant notamment des second rôles et une narration toute en sous-entendus. On ne sait pas ce qu’a fait Marston pour se trouver dans cette foutue situation, mais on connaît son comportement typique des personnages de GTA, même gros connard, il aidera systématiquement n’importe quel paumé qui aura besoin de dégommer quelqu’un ou de voler une banque.
Bien sûr, au fur et à mesure du jeu, on en apprendra plus sur ce qui a mené John où il en est, et surtout, sur son passé peu glorieux qui explique la facilité qu’il a à descendre le tout venant.
Red Dead Redemption n’en est pas non plus Deadwood, on ne va pas trouver d’intrigue très complexe, juste une trame de fond typique du western crépusculaire où la saleté de l’Ouest américain est mise en avant tout autant que sa cruauté envers les innocents.
Mais Rockstar ne peut décidément pas s’affranchir de ses personnages au bon sens populaire et malheureusement un peu trop gentils, et pour avancer dans l’histoire et débloquer des succès, il est nécessaire d’aider le plus de monde possible, comme si le studio se sentait redevable de quelques bonnes actions pour contrebalancer les saloperies qu’elles nécessitent de faire et qui finissent en une des journaux conservateurs allemands. Malgré ce travers récurrent des GTA-like où au contraire d’un Fallout ou autre jeu Bethesda une carrière du mauvais coté de la barrière est possible et ludique, on ne voit pas comment John Marston pourrait être autre chose qu’un bandit repenti, dans ce très grand hommage aux classiques du genre des années 60.

Soleil levant sur le Mexique

Un élément essentiel du Western est son décor très particulier, associé à des scènes où le soleil prend une grande importance visuelle. Le paysage de Red Dead Redemption est magnifique, riche, détaillé, vivant, lumineux le jour et TRES sombre la nuit.
L’action la plus récurrente du jeu est la chevauchée, Marston passe le plus clair de son temps en déplacement, il existe bien évidemment des formules de voyage rapide, mais il suffit de faire un trajet de quelques minutes pour être accroc au voyage « long ». Passons sur les animations parfaites de l’animal et de son cavalier (on est en 2010, c’est le contraire qui serait remarquable), si vous avez lors de votre enfance/adolescence rêvé sur la Trilogie du Dollar et ses badasses, ses paysages arides et désertiques, vous ne pourrez rester insensible à ce que Rockstar a créé pour vous, un monde qui s’étend sous les sabots de votre monture, et qu’on n’imagine pas autrement que vivant lorsqu’on l’a dépassé, je veux dire, ces lapins n’ont pas spawné que pour moi n’est-ce pas ? ils sont toujours dans un terrier pendant que la console est éteinte ? Tout est tellement fignolé aux petits oignons qu’on en est frustré de devoir se taper une vieille console de jeu dépassée pour évoluer dans cet univers. Red Dead Redemption sur un PC de 2011, avec toute sa puissance et sa qualité de rendu aurait définitivement fait pleurer mes yeux de bonheur, au lieu de ça, il faut faire galoper son cheval pour ne pas trop voir le crénelage, mais pas trop vite sinon la console n’a pas le temps de bien pré-charger le décor et vous colle 2-3 lags dans la face, rien de tel pour briser un rêve.
Ici, la nature est un personnage proéminent, il va falloir interagir avec elle, chasser les animaux pour en récupérer les matières premières pour se faire un petit pécule, fouiller les recoins et monticules pour dégoter des trésors cachés, et utiliser les dénivelés et rochers (parfois grossièrement disposés en parallèle comme dans un pachinko) dans sa stratégie de couverture et d’approche. Le paysage regorge d’animaux variés et plus ou moins aggressifs, du simple oiseau au grand aigle à tête blanche, et du putois malicieux à l’ours mange cheval, et, joie, vous aurez l’occasion de tous les tuer, pour le plaisir, le commerce, ou plus fréquemment pour vous en défendre.
Ainsi, il n’est pas rare pour l’amateur de bonnes choses de lancer sa console pour aller faire un petit tour dans le soleil levant pour cueillir quelques fleurs sauvages et trouver seulement à ces heures précoces les animaux rares qui ne sortent qu’au petit matin, et les tuer fièrement avec son tout nouveau fusil à verrou.
Attention par contre à ne pas partir trop tôt ou trop tard à la chasse, car comble du réalisme, la nuit, on n’y voit goutte … L’intérieur d’un bâtiment peut très bien être une fosse à pieux qu’on ne pourrait rien y faire, et encore plus de nuit, c’est à se taper les orteils sur tous les rebords, et malheureusement souvent aussi en plein jour, et si vous avez le malheur d’augmenter la luminosité dans le menu du jeu, c’est le gamma qui changera et dès que vous chevauchez à nouveau au grand jour, ce sera pour trouver un monde très blanc-verdâtre pas vraiment agréable. Mon conseil donc : la nuit, dormez.

De biens fringants citoyens

Rockstar maîtrise de plus en plus la fabrication de ses personnages, même si ceux-ci sont généralement des stéréotypes du genre spécifique de chaque jeu, voire des stéréotypes de TOUS leurs jeux, il n’en sont pas moins plus justes et fouillés à chaque nouvelle production, et Red Dead Redemption n’est que l’antichambre de ce qui s’annonce déjà comme un superbe projet, L.A. Noire.
Le jeu peut nous ravir de dialogues vraiment drôles et cyniques et de longues discussions qu’on serait tenté de zapper pour passer à l’action, ce qui serait fâcheux tant elles sont fouillées (et adaptées en français avec goût, seulement en sous-titres heureusement), qui malheureusement ne nous sauveront pas justement de la phase d’action un peu trop répetitive et mécanique (couverture/auto-aim/tir/avancée/et on boucle).
En dehors des acteurs principaux du scénario, là encore on sent la vie dans ce coin de l’Ouest Américain, même si l’on chevauche au hasard dans la pampa, on a des chances de croiser des cavaliers qui se tirent une petit bourre, ou un mexicain qui chasse l’oiseau pour son repas du soir. Tous ces personnages n’ont pas forcément un but interactif, ils n’apportent pas mission, dialogue, sidequest, mais encore plus qu’un passant dans une rue de Liberty City qui « ne fait que passer », ils ajoutent énormément au réalisme et à l’immersion, et au coté pittoresque de Red Dead Redemption.
Pour achever l’oeuvre presque parfaite, les moyens ont été mis sur l’ambiance musicale, à coup de morceaux chantés par des stars reconnues (marketing oblige), mais surtout sur les musiques d’ambiance mêlant encore hommage aux classiques et originalité, qui donnent à l’écrin une finition confortable, lancinante ou entraînante, bien adaptée aux situations de jeu.

Un moment mémorable

Difficile de ne pas faire le fan boy devant un jeu de cette qualité, je peux aussi comprendre qu’on trouve quelques réfractaires au genre, ou tout simplement à l’expérience de jeu que propose un GTA-Like. Il est tout de même dommage de passer à coté de ce qui à mon avis représente de manière excellente un jeu moderne qui gagne sur tous les plans ; Red Dead Redemption est un projet commercial qui en plus d’un énorme marketing a eu la bonne idée d’être de qualité, accessible aux néophytes (qui n’iront sûrement pas jusqu’à la fin, dommage), trop facile pour les joueurs coeurdur, mais ne les rejetant pas en leur proposant un moment de détente bienvenu. Red Dead Redemption est aussi adapté au mode de jeu haché d’un jeune actif ; il se joue très bien étalé sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, l’immersion est très rapide et le scénario pas assez complexe pour qu’on en perde le fil. Bref, c’est un produit bien pensé et bien taillé, comme on voudrait en voir plus souvent au vu des talents et des budgets que l’on trouve dans les jeux vidéo du moment.

Les illustrations viennent du (petit mais rigolo) site 24 hours Marston

Impeccable, si peu de choses à reprocher, éclipsées par un univers qui laisse gaga et donne envie que le jeu ne se finisse jamais. D'ailleurs, quand c'est fini, y'en a encore.

est joueur depuis 1987. Joueur Hardcore Casual, même s'il passe des jours entiers de sa vie à jouer, il n'a jamais dépassé le niveau de votre petit cousin. Après avoir participé à l'émergence des LAN et du multijoueur avant les années 2000 et Counter-Strike, il ne jure plus que par les jeux solos, surtout les FPS.
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8 commentaires »

  1. Les strips de 24 Hours Marston m’ont fait pleurer de rire, dommage qu’il n’y en ait pas plus :|

    Mon avis sur le jeu posté sur SensCritique:

    Step in front of a runaway train, just to feel alive again

    Les annonces se succédaient concernant Red Dead Redemption, les images previews commençaient à fleurir, pourtant je ne ressentais qu’indifférence envers cet énième clone de GTA, cette fois-ci estampillé « far west », et faisant suite à Red Dead Revolver, titre quelque peu anecdotique même si pas foncièrement mauvais. Pourtant je voyais Trem_r excité comme un gosse à l’idée de pouvoir jouer les cowboys. J’ai vu Netsabes poster un avis franchement positif du jeu et m’en parler avec enthousiasme. Et puis, j’avais franchement adoré non seulement Grand Theft Auto IV mais également ses deux extensions. Alors intrigué, j’ai commandé mon exemplaire.

    Quelle claque. Dès le début de l’aventure, je retrouvai ce génie de la narration qui m’avait tant plu dans GTA. Mais l’univers immense et vivant, la variété des environnements, la distance de vue juste incroyable et la beauté générale des paysages furent ce qui emporta ma définitive adhésion. Dès lors, les missions se succèdent, certaines plus originales et réussies que d’autres, les sidequests s’enchaînent, et puis parfois au gré d’une envie de tranquillité je me permettais de simplement galoper avec pour seul point de mire le soleil couchant sur l’horizon caillouteux. Passablement échaudé par des expériences vidéo-ludo-chevalines douteuses (Shadow of the Colossus, un véritable cauchemar de diriger le canasson) je fus instantanément charmé par la facilité avec laquelle la monture répond ici docilement aux sollicitations. La visée directement tirée de GTA IV répond au poil, et le dead eye permet des joutes spectaculaires.

    La liberté dont jouit le joueur restera insoupçonnée des moins curieux, mais quiconque a eu l’idée de ficeler une femme pour l’abandonner sur les rails du train comprendra de quoi je parle. Les plus joueurs passeront des heures à gromeller contre cet ordinateur qui triche au Poker et se sert royalement tous les As dont il a besoin au BlackJack. Les plus minutieux récupéreront patiemment toutes les tenues, tous les trésors, et amélioreront à leur maximum toutes leurs capacités.

    Je peux affirmer sans aucune hésitation que Red Dead Redemption contient le plus incroyable moment d’émotion que j’aie pu vivre cette année, loin devant n’importe quel autre film ou série. Et également que le dernier tiers du jeu est un véritable chef-d’oeuvre de storytelling dont beaucoup devraient tirer des leçons.

    Ce titre est tout bonnement incroyable. Et à l’heure où j’écris ces lignes, il ne fait aucun doute que dans les jours à venir, j’y retourne pour le recommencer. Je lui avais au départ mis 9 à cause des quelques bugs un peu pénibles, mais merde, quand un jeu donne autant de bonheur, franchement, autant le dire franco.

  2. Un des meilleurs jeux « next gen »… commencé en mai tel un jeune cadre avec peu de temps, je l’ai bouclé mis janvier à 100%, extensions comprises (même si je suis pas fan des systèmes de DLC ^^), en solo et en multi…

    Une non-lassitude à parcourir l’univers de RDR, envie que ça ne finisse pas, scénar’ bien foutu, il n’y a pas de doutes que je le refasse un de ces 4, j’adore !

    (mon premier rockstar Ps3 fini à 100%, champagne !!!)
    Et en attente de ce que donnera la prochaine production, à savoir L.A Noire :))

    Bon test qui retranscrit parfaitement l’idée que je me fais de ce jeu… qui pourrait presque prendre la place de GTA en référence à mon avis… ;)
    Merci.

  3. La fin du jeu m’a redonné l’envie d’aimer.

  4. On peut toujours trouver des gens qui n’ont pas apprécié un jeu.

    Les jeux best-sellers créent souvent des cohortes d’irréductibles, heureux d’expliquer aux autres pourquoi ils ne sont que des moutons et pourquoi le jeu est loin d’être aussi bon que ce que la majorité s’accorde à dire (et parfois, les irréductibles ont raison).

    Mais RDR est – pour moi – un des premier jeux qui aura autant fédéré.
    Unanimement acclamé même par des joueurs pas vraiment fans de GTA-like (moi par exemple).
    Très rares sont ceux qui l’ont trouvé mauvais ou n’ont pas accroché.

    Le peu de mes connaissances qui n’ont pas adhéré au jeu sont des joueurs à qui RDR ne se destinait vraiment pas (fans de RTS purs et durs…), intrigués par le torrent d’éloges médiatiques et populaires. Ils n’en ont pas moins reconnu ses qualités exceptionnelles.

    Un jeu ouvert et immersif, bien écrit, formidablement mis en scène, long et rythmé : du plaisir à ne pas bouder !
    Un des jeux de 2010 (avec Castlevania, Bayonetta et Assassin’s Creed 3) qui m’a rendu heureux de ne pas voir revendu ma xbox (ce que je voulais faire fin 2009).

  5. Grosse claque pour ma part, j’ai même pleuré à la toute fin.
    Et la descente de la montagne après la « première fin » du jeu, avec la chanson trop belle, la nature qui se réveille, la lumière de folie dans la forêt m’a aussi complètement scotché…

    Et j’ai nettement préféré Red Dead à GTA IV, dont j’ai fini l’histoire en me forçant un peu par moments (même si certains passages sont assez fous, je dois le reconnaître). Je pense qu’une des raisons est sans doute que Red Dead est un peu plus facile à prendre en main, et qu’il est du coup beaucoup plus gratifiant.
    Aussi, j’ai toujours un peu de mal à croire toutes ces histoires de mafieux qui se baladent tranquille en ville, tout ça. Le Far West, c’est plus loin de nous, et du coup l’immersion n’est pas rompue par ce manque de crédibilité.

    Par contre, est-ce que quelqu’un a testé les DLC, et surtout Undead Nightmare. Est-ce qu’ils valent le coup, surtout quand on joue quasiment que solo (comme moi…) ?

    Gilles, qui attend L.A. Noire en se disant que ce sera difficile de maintenir le niveau…

  6. c’est bien la première fois (a part darkwatch, mais la , c’est un autre cas) qu’on a eu l’idée de mettre des mort-vivants dans le far west. et a sa, je dis bravo rockstar!!! continuez a inventer des truc dingue!!!! et moi j’attend des info sur GTA 5 :3

  7. Bravo pour ton test.

    J’en profite pour dire que tu as tout à fait raison à propos de ce jeu sur PC. Il aurait pu être une énorme claque dans la gueule tant graphiquement qu’esthétiquement.

    Mais hélas on attends toujours la nouvelle d’un portage sur PC.
    C’est beau de rêver…

  8. à les gros matou dans RDR, ma seul crise de nerf sur ce jeu….
    « U »re dead » a big cat killed U …. what that !? o_O ……

    reload game / take a horse / ride 2nd time during 1/2 hour ^^ / …and a 2nd time a big cat kill U T_T what The Fuck !!! ???
    FUUUUUUUUU !!!!!!

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